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Nos chroniques naturalistes

Lundi 7 février 2011

Cela fait maintenant trois heures que nous tentons vainement de nous réchauffer autour d'un maigre feu au bord d'une rivière, et à plus de 1000 m d'altitude, en Ariège. Un autochtone est passé en voiture avant la nuit, nous regardant hébété et se demandant quelle était cette bande de fous qui restait là dans le froid...

Mais, reprenons par le début...
Avec Carine, nous sommes arrivés dans l'après-midi sur Massat par un soleil éclatant et chaud.
Pendant deux jours nous allons participer à une formation sur le Desman des Pyrénées. Cette dernière est organisée dans le cadre du Plan national d'actions en faveur de l'espèce.
Après une après-midi d'échange sur l'espèce, la soirée va être consacrée à essayer de capturer la bestiole, aussi invisible et mythique qu'un dahu.
Et cela va me changer des éternelles recherches de fèces. Mon diplôme de chercheur "es" caca attendra !

desman

En début de soirée, nous arrivons sur les lieux du piégeage. Sur une centaine de mètres d'un torrent de montagne, trois séries de deux pièges ont été posées pour tenter une capture. Chaque piège est constitué de deux nasses attachées ensemble afin d'éviter une fuite de l'animal. Les pièges seront relevés au maximum toutes les heures afin d'éviter un stress chez le Desman. La neige, parsemée autour de nous, se fait plus dense vers les hauteurs du cirque qui s'ouvre à nos yeux dans les dernières lueurs du jour.
La petite troupe commence l'attente dans le froid et la nuit. Malgré des apports de bois et un feu régulier, le froid commence à m'envahir et je vois que les autres congénères empilent les couches de vêtements sans grand succès. Il y a déjà eu deux relevés des pièges qui se sont avérés infructueux.
Une voiture remonte. C'est Mélanie et Frédéric qui sont allés chercher un fabuleux repas constitué d'une énorme gamelle de garbure, de fromages locaux et d'une bonne tarte tatin. La garbure est un délice et sa chaleur fait taire toutes les discussions.
Le repas terminé, nous débattons avec Alain sur nos recherches respectives. Avec Vincent, des rendez-vous sont pris pour aller rechercher le Cuivré de la Bistorte, un papillon très rare, au pied du Madres lors du printemps prochain. Dans la nuit, j'aperçois à peine Mélanie et Frédéric qui se dirigent vers le piège du bas, au-dessus de la cascade.

Alors que les discussions reprennent autour du feu, un cri retentit depuis le groupe du bas. "Alain ! Alain ! Un Desman !" J'ai du mal à y croire. Le feu est très vite abandonné et le froid a subitement disparu pour tout le monde. Arrivé sur les pièges, je vois, à la lueur des lampes et des torches, une boule de poils qui tourne et retourne dans le piège, cherchant une illusoire sortie. Tout le monde s'agglutine autour de la nasse. Alain râle : "Ecartez-vous ! Ecartez-vous !" Je suis resté sur le talus et surplombe la scène. Ce n'est pas mon premier Desman, laissons la place aux autres ! Je sors le petit Coolpix. "Bon dieu ! je suis c... !, il faut que je filme la scène !". Pendant 36 secondes exactement, je vais filmer la petite boule de poils qui s'active dans le piège. C'est impressionnant de voir sa trompe se glisser entre les mailles et s'agiter frénétiquement en tous sens. Déjà Alain commence à crier : "Il faut vite le relâcher !" A peine l'extrémité du piège ouverte, personne ne verra partir le Desman : la liberté n'attend pas !

Maintenant, nous avons tous regagné le feu et retiré les pièges, l'objectif est atteint : les pièges ont fonctionné. Des sourires illuminent tous les visages.
"Et toi, c'est ton premier ?" demande quelqu'un à Carine. "Oui, en dix ans d'Aude Claire, c'est mon premier."
Pour terminer la soirée, nous allons prolonger les discussions au café de Massat. Personne n'a sommeil mais, les rêves de Desman eux, sont bien là...

Bruno Le Roux

Ci-dessous, une chronique plus ancienne de 2009

LE 12 JUILLET

« Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou… »
A. Rimbaud

Traquet motteux

10 h, il se fait tard lorsque j’arrive en haut de la piste du Madres.
Le ciel est d’un bleu sans pareil.
Après quelques préparatifs et alors que je me dirige vers les Clottes, je vois au loin une silhouette familière, la canne à la main et coiffée d’un large couvre chef… Thierry, le vacher du Madres, accompagné de deux autres personnes se lancent à l’assaut de la Marrane. Ils doivent être à la recherche de quelques vaches égarées de ce côté ci de la clôture.
Je me décide à essayer de les rejoindre…
Je traverse le plateau mais ils ont déjà disparu derrière les mattes de genêts.
Sur un bloc de granit à côté de moi, un traquet motteux s’égosille pour montrer que je suis chez lui.
J’hésite sur la direction à prendre… Le haut des Clottes ou la Marrane… J’opte pour la Marrane.
Je traverse une zone sans vent et commence à suer à grosses gouttes.
En crête, derrière la clôture frontière, le vacher de l’Ariège rassemble ses vaches pour les faire redescendre vers le Carcanet.
Arrivé sur le versant Nord, je traverse maintenant des bosquets de rhododendrons et de genévriers. Tchek, tchek, plusieurs merles à plastron ont surgi en haut des mattes et ne semblent pas très contents de ma présence. Ils doivent être avec des petits… Je ne m’attarde pas.
Enfin le col… Tout en dessous de moi, j’aperçois les trois silhouettes que je cherchais en vain sur les hauteurs. Devant eux, une marmotte siffle…

Merle à plastron

Mouflons

Je siffle à mon tour, Thierry me repère… Quelques signes échangés… On va se retrouver plus loin sur un palier intermédiaire.
Je passe à flanc de pente… Du bruit dans les rhododendrons… Une biche me regarde toutes oreilles dressées puis, elle prend le travers en direction de la crête.
Un nouveau col… En dessous j’aperçois Thierry et ses compagnons qui se cachent derrière un gros bloc…
Chiii ! Chiii !...

Listera cordata


Ce souffle agacé et inquiet, cela sent le mouflon à plein nez ! Gagné ! Devant moi, une femelle et son petit, debout au milieu des rochers, nous ont repérés. Plus loin, un autre groupe de femelles suitées s’enfuit dans la pente couverte de rhodos en fleurs.J’arrive discrètement sur le côté du groupe de Thierry, personne ne m’a repéré… sauf… le chien qui, malgré mes signes, se met à aboyer. La surprise est ratée mais la poignée de main est ferme et le sourire complice.
Thierry me montre devant lui les pentes où plusieurs groupes de mouflons s’éparpillent. Il roumègue : « Autant de bêtes, c’est pas bon ! » J’acquiesce, avec près de 300 têtes certaines pentes bien exposées sont pelées au sortir de la période hivernale et les risques d’érosion existent.
Maintenant, nous reprenons le chemin de la descente car Thierry n’a pas trouvé les vaches égarées. « Je suis sûr qu’elles sont parties vers la Moulinasse ! » me lance-t-il. L’homme connaît ses bêtes sur le bout des doigts et ne parle jamais à la légère.
La descente se fait au pas de course et les deux amis de Thierry ont un peu de mal à suivre.
Nous traversons une genêtière dense. Je sens derrière moi des regards perplexes sur la direction à prendre. Avec Thierry, nous connaissons le lieu comme notre poche, intérieurement nous nous amusons de cette perplexité.
Le repas se fera tardivement à la Resclause.
L’après-midi, je pars seul visiter la forêt sous le Bac Pégulier à la recherche de quelques orchidées forestières. J’avance doucement dans le sous bois rafraichi par les nombreuses pluies de ces derniers jours… Dans mes pieds, un lourd battement d’ailes me fait sursauter… Une superbe poule de grand tétras s’envole devant moi. Un regard alentour, je ne vois pas de poussins mais je préfère ne pas rester là, au cas où.
Après plusieurs heures de recherches, je dois me rendre à l’évidence, aucune Corallorrhiza en vue. Par contre, j’ai trouvé plusieurs dizaines de Listera cordata en fleurs.
Je quitte maintenant la fraicheur de l’altitude pour regagner le four de la vallée…

Les jambes me tirent un peu mais, c’est une bonne fatigue.
J’ai déjà hâte de revenir voir le soleil couchant sur le pic du Bernard Sauvage.
L’été ne fait que commencer…

Bruno Le Roux

Biche